Aux sources de l’immigration clandestine subsaharienne.

« Lorsqu’un rat palmiste décide de sortir de son trou en plein jour, pour se jeter dans un feu de brousse, c’est que ce qu’il laisse dans le trou est plus dangereux que le feu qui va le consumer. »

Le déplacement des peuples n’est pas un phénomène nouveau sur la planète, et pourtant il s’accompagne depuis quelques décennies d’une inquiétude grandissante chez les autres et pas moindre chez les uns. On parle davantage de la peur de ceux vers qui ces peuples se déplacent, peut-être parce qu’ils se souviennent de ce que leurs ancêtres ont fait aux peuples autochtones d’Amérique et d’Afrique du Sud. S’interroger sérieusement sur les motivations de ceux qui prennent le risque d’abandonner leur chez eux n’est pas un grand souci; on se contente de dire qu’ils vont à la recherche d’un mieux-être. Il ne s’agit certes pas du déplacement circonstancié des Syriens et autres ressortissants du Moyen-Orient de ces dernières années, voulu et provoqué par les puissances du monde pour des besoins de géopolitique; il faut reconnaitre que la plus persistante et périlleuse des immigrations de ce début du 21e siècle est et reste celle des Subsahariens vers l’Europe occidentale.

Il est tout de même surprenant que les stratèges occidentaux, qui ont toujours un coup d’avance sur les paroles et les actions des dirigeants et des populations de leurs anciennes colonies, n’aient pas vu venir ce phénomène de l’immigration qu’ils considèrent désormais comme une menace jusque dans leur arrière-cour et leur chambre à coucher. Peut-être l’assurance de tout contrôler dans cette région du monde où ils ont eux-mêmes mis les choses en place. Un exemple historique : lorsque le général de Gaule décide de créer la Communauté française en remplacement de l’Union française, ce n’est point par désir de voir les Africains arriver à l’autodétermination, comme le prétendent les historiens officiels. L’institution de l’Union avait infesté le Palais Bourbon de nègres, élus des colonies en grand nombre, qui finiraient par devenir majoritaire dans la Chambre, et influenceraient de manière incontournable les décisions du Parlement non seulement au sujet de tout l’empire, mais aussi au sujet de la métropole : tel est pris qui croyait prendre. En tout cas, malgré tous les dangers du chemin, les dispositions répressives à l’arrivée et toutes les offres en faveur d’un retour volontaire, elle n’est pas prête de s’arrêter, l’immigration africaine, qu’elle soit clandestine ou légale.

Parce qu’il ne faut jamais oublier que tout a commencé dans la légalité, avec ce qu’on a appelé la fuite des cerveaux, bien vue et bien appréciée, puisqu’elle offrait à l’Europe les meilleurs du continent noir, souvent envoyés en formation. Comme pour la Traite emmenant les plus robustes, les étudiants africains les plus brillants étaient courtisés, et des propositions alléchantes leur étaient faites pour oublier leurs mères. Puis vinrent les longues files devant les ambassades à la quête du sésame pour une immigration en règle. Le nombre grandissant des refus suscita des idées de contournement malgré le discours arrogant sur l’immigration choisie, et alors se renforça la thèse des demandeurs d’asile : il suffisait d’arriver sur place par quelque moyen et l’éthique du fait accompli faisait le reste. « Arriver sur place », voilà le fétiche, et aujourd’hui, cela ne se fait plus par quelque moyen, mais par tous les moyens et à tout prix, y compris, avec ses risques et périls, la clandestinité.

L’immigration clandestine d’origine subsaharienne apparait aujourd’hui comme un serpent de mer, mythe et réalité. Réalité de fait puisque les nombreux morts et quelques sauvetages de la Méditerranée font partie du quotidien des garde-côtes, sans oublier la présence effective, croissante et progressive des Noirs dans tous les pays européens. Mythe parce qu’il est de plus en plus difficile de cerner ce phénomène en définissant ses contours, et moins encore de le circonscrire, puisque chaque mesure pour le prévenir ou l’éradiquer ouvre des dizaines d’autres voies de contournement, avec des conséquences toujours plus imprévisibles. L’Europe politique, économique et sociale en est agacée, ses meilleurs sécurocrates grincent des dents, ses tacticiens et barbouzes désespèrent de pouvoir contrôler ce mal qui leur vient de la terre qu’ils croyaient avoir infiltrée et quadrillée à tout jamais, et ses moralistes y perdent leur latin. Tous veulent comprendre ce qu’ils n’ont pas vu venir, ou qu’ils croyaient pouvoir conjurer d’une manière ou d’une autre.

Pour une meilleure compréhension de l’immigration subsaharienne, il importe de sortir du tropisme de la clandestinité qui constitue la préoccupation actuelle et de la peur panique qui agite certaines populations européennes, pour s’imprégner de ce proverbe africain : « Lorsqu’un rat palmiste décide de sortir de son trou en plein jour, pour se jeter dans un feu de brousse, c’est que ce qu’il laisse dans le trou est plus dangereux que le feu qui va le consumer. »

Franck Tayodjo

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